vendredi 6 novembre 2015

Portugal : une nouvelle situation politique, entretien avec Francisco Louça


Economiste et ancien porte-parole du Bloco de Esquerda (Bloc de gauche), Francisco Louçã revient sur les élections législatives portugaises qui ont eu lieu le 4 octobre, et notamment sur l’excellent résultat obtenu par le Bloco. Il insiste en particulier sur les leçons de l’expérience de pouvoir de Syriza, notamment le fait qu’ « on ne peut pas négocier une restructuration de la dette sans être préparé à rompre avec l’euro ».
 
Comment analyses-tu les résultats des élections législatives qui ont eu lieu il y a environ un mois au Portugal ?

Le taux d’abstention de 43% est légèrement supérieur aux chiffres habituels, mais il doit être relativisé : l’abstention est gonflée par l’émigration de près de 400 000 citoyens portugais pendant les années de la troïka, et parmi eux, principalement des jeunes bel et bien inscrits sur les registres électoraux mais dans l’incapacité de voter car résidant à l’étranger. Quant aux résultats, on les connait : la coalition gouvernementale de droite a subi un net recul (elle perd 750 000 voix, soit 12% et 25 députés ; le PSD [Parti social-démocrate, droite] et le CDS [Centre démocratique social, droite] obtiennent ensemble moins de votes que le PSD seul en 2011), mais reste la force politique la plus plébiscitée. Le PS [parti socialiste] augmente son score de 200 000 votes, récupère 12 députés supplémentaires mais reste loin de la droite (7 points de moins). Le PCP [Parti communiste portugais] gagne 4000 votes et un député. Enfin le Bloco [Bloc de gauche] voit son score s’améliorer de 260 000 voix et obtient 19 députés, devenant ainsi le troisième plus grand parti du pays, derrière le PSD et le PS, mais devançant le CDS et le PCP. En plus d’avoir doublé sa représentation dans les districts de Lisboa, Porto et Setúbal, le Bloco est la seule force politique de gauche qui est parvenue à élire des députés dans ceux de Madère, Leiria, Coimbra et Aveiro.

Comment la situation politique a évolué au Portugal ces dernières semaines, après les élections ? Est-ce que la décision prise par le président de la République Cavaco Silva, membre du PSD (droite), de demander à la droite de former un gouvernement alors qu’elle est minoritaire par rapport à l’ensemble des partis de gauche (PS, PCP et Bloco), constitue un coup d’État constitutionnel (comme on l’a entendu) ?

Non, d’un point de vue institutionnel la décision de Cavaco Silva est normale. Il invite le leader du parti qui a obtenu le score le plus élevé de former un gouvernement. Il est certain qu’il aide ainsi son propre parti à dramatiser le conflit politique et que ce gouvernement sera plombé au parlement, mais c’est une tactique de court terme. En contrepartie, les négociations entre le PS et la gauche se poursuivent et sont difficiles. Le PS a déjà accepté de mettre fin aux processus de privatisations et de revenir sur les coupes dans les salaires et les pensions de retraite, mais il y a des divergences importantes concernant la gestion de la dette publique et de la dette extérieure, qui conditionne la politique d’investissement et de création d’emploi. Pour les deux partis de gauche [le PCP et le Bloc de gauche], participer à ces négociations était l’unique solution possible, car dans le cas contraire ils auraient permis le maintien du gouvernement qui a conduit la politique de la Troïka. Mais le PS a donné bien peu de garanties d’une stratégie alternative, et c’est pour cela que la négociation est complexe. Le Bloc de gauche maintient les conditions qu’il avait formulées durant la campagne électorale et qui représentent un gain important pour les conditions de vie des travailleurs•ses et pour le combat contre les inégalités.

jeudi 5 novembre 2015

Grèce : grève générale le 12 novembre. Appel d'Unité Populaire


CONTRE L’AUSTÉRITÉ ET LES MEMORANDA ORGANISONS DES LUTTES UNITAIRES DE MASSE 

Le gouvernement SYRIZA-ANEL, avec l’application des mesures du 3e mémorandum et le vote des pré requis, poursuit maintenant dans l’application d’une tornade de mesures contre la classe ouvrière et les couches populaires les plus pauvres. 

Le rapport de la Commission des « Sages » pour le système de couverture sociale constitue un véritable manifeste thatchériste au caractère antisocial virulent, prônant le démantèlement intégral de la couverture sociale, la suppression des retraites et la paupérisation extrême des retraités. 

Le gouvernement réserve à la Commission des « Sages » le rôle du « lièvre » pour la destruction des retraites et des droits de couverture sociale, promue par cette commission et convenue avec la Troïka dans le cadre du 3e mémorandum. 

Le hold-up fiscal continu, à des niveaux jamais atteints auparavant, les baisses de salaires et de retraites induites par la nouvelle grille, la suppression des conventions collectives et la nouvelle attaque à venir pour réduire à néant les droits des travailleurs et les droits syndicaux, voilà la réalité et le futur qu’ils préparent. 

Santé publique et enseignement se délitent. Les postes vacants, dans les écoles de toute la Grèce, demeurent non pourvus ; de nombreuses cliniques, dans les hôpitaux publics, se retrouvent sans médecins, sans personnel soignant ; les hôpitaux sont menacés de fermeture. Les ports, les aéroports, l’énergie, l’eau sont bradés tout comme d’immenses parcelles de terre de l’État. 

Etat espagnol/Catalogne: «Droit de décider, maintenant», face au «front anti-sécessionniste», par Jaime Pastor



Junts pel Si [Ensemble pour le Oui] et la CUP [Candidature d’Unité Populaire] ont présenté au Parlement de Catalogne une proposition de déclaration pour aller «vers un Etat indépendant ayant une forme de république» moyennant un «processus de déconnexion démocratique, soutenu et pacifique avec l’Etat espagnol», accompagné d’un «processus constituant citoyen, participatif, ouvert, intégrateur et actif pour préparer les bases de la future Constitution catalane». Cette proposition de déclaration a suscité de virulentes diatribes de la part de la majorité des forces politiques et des médias proches de l’Etat.

Parmi les dénonciations, celles accusant la déclaration de constituer un «coup d’Etat» (Alfonso Guerra – membre du PSOE et vice-président du gouvernement de décembre 1982 à janvier 1991 – dixit) ou un « coup porté à l’Etat » (El Pais) sont parmi les plus clémentes. Nous avons rapidement constaté une brutale réactivation de ce qu’il y a de pire dans le nationalisme espagnol face à ce qu’ils considèrent comme une menace à «l’unité de l’Espagne». Il y a même eu des appels à la suspension immédiate de l’autonomie catalane et, comme on pouvait s’y attendre, une diabolisation de la CUP à cause de son anticapitalisme.

Malgré la réponse initiale de Mariano Rajoy (PP) et le fait qu’il se présente comme étant le seul président pouvant garantir la défense de l’Espagne, il a dû, au cours d’une campagne préélectorale, faire face à la forte propension des dirigeants du PSOE et de Ciudadanos à le concurrencer en ce qui concerne la «responsabilité de l’Etat». Cela a obligé le président du gouvernement à conclure un «pacte national contre le sécessionnisme». Le dirigeant de Podemos, Pablo Iglesias, s’est distancié de ce pacte en manifestant sa volonté de reconnaître le droit des citoyens et citoyennes de Catalogne à décider de leur avenir. Il a ainsi insisté sur le fait qu’il souhaite chercher l’emboîtement constitutionnel de la Catalogne dans une Espagne unie afin de les persuader de ne pas partir.

lundi 2 novembre 2015

Turquie : les élections de la terreur et de la fraude, par Emre Ongün




Le voyage en bus depuis Istanbul s’était bien passé, entre camarades, entre jeunes qui voulaient participer à ce grand moment. Tout le monde le confirmait : cela allait être énorme ; une marée humaine pour la Paix, la Démocratie et le Travail. On avait concentré toutes les forces pour un rassemblement, mais de masse, contre Erdogan et sa clique. De plus, il faisait plutôt bon à Ankara bien qu’on était au mois d’octobre. Avant de rejoindre son cortège, elle passa voir son père qui était avec son syndicat. Ils étaient brouillés ces derniers temps. Ils se réconcilièrent, se dirent qu’ils s’aimaient, c’était un bon jour pour cela. Puis elle rejoignit ses camarades, environ 50 mètres plus loin. C’est là où son corps fut déchiqueté par l’explosion de la bombe sous les yeux de son père. DicleDeli est une parmi la centaine de camarades tués à Ankara par l’attentat suicide commis par l’Etat Islamique sous la bienveillance du gouvernement turc. Elle aurait eu 18 ans hier, 1er novembre 2015, jour des élections législatives en Turquie.

L’ombre de sa mort porte sur cette date pour ses proches comme l’ombre des 6 mois d’intense terreur d’Etat a porté sur les élections législatives turques.

dimanche 1 novembre 2015

Uruguay : un processus historique de récupération d’entreprises par les travailleur-se-s, par Richard Neuville





« Une partie des mouvements sociaux ne se limitent pas à la défense de l’emploi et à l’augmentation des salaires ou bien à la consommation mais ils essaient d’aller au-delà et cherchent, soit par conviction ou par nécessité, à dépasser le lien de subordination que leur a assigné la société » (Zibechi, 2010).


Le mouvement des entreprises récupérées par les travailleurs uruguayens s’inscrit dans une tradition de luttes pour « l’émancipation économique et sociale »1. Il puise ses racines dans l’histoire du mouvement ouvrier qui, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, a su articuler la formation de syndicats et la constitution d’un mouvement coopératif puissant. Tout au long de son existence, le mouvement coopératif a su conserver une indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics. Il existe près de 300 coopératives de travail en Uruguay2 (Guerra, 2013 : 28).

La récupération d’entreprises par les travailleur-e-s (ERT) sous la forme coopérative n’est pas une nouveauté dans l’histoire économique uruguayenne. En remontant dans l’histoire des coopératives, nous trouvons des antécédents qui remontent au milieu du XXe siècle. Il est donc possible de parler de processus historique dans ce pays, même s’il intervient principalement dans des périodes de crise.
Si le phénomène de récupération d’entreprises reste limité d’un point de vue quantitatif, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un mouvement important avec des unités de production stratégiques dans la sphère productive et l’économie du pays. L’importance de ces expériences autogestionnaires ne saurait se réduire au nombre d’entreprises et de travailleurs impliqués mais bel et bien dans la portée symbolique que comporte l’autogestion ouvrière (Riero, 2012).

En cohérence avec la culture ouvrière uruguayenne, il est parvenu à se structurer ces dernières années et à devenir un interlocuteur des pouvoirs publics et à nouer des relations étroites avec la centrale syndicale. Il a également participé à une tentative de fédérer les organisations autogestionnaires avec une visée de transformation sociale sur des bases de l’autogestion.

samedi 31 octobre 2015

Portugal. Des élections pour joueurs d’échecs. De quel type?, par Charles-André Udry



Le résultat des élections portugaises a abouti à l’ouverture d’un scénario politique inattendu parce que la coalition issue du gouvernement – constituée par le Parti social-démocrate de Passos de Coelho, premier ministre sortant, et par le CDS-PP (Parti du Centre démocratique social-Parti populaire) de Paulo Portas, vice-premier ministre sortant – a obtenu le pourcentage le plus élevé des suffrages, mais ne dispose pas de la majorité parlementaire (voir à ce sujet l’article publié sur ce site en date du 10 octobre 2015). Elle a récolté 36,8% des suffrages, après des années de politique d’austérité, mais n’a à son service que 107 députés sur 230. Par contre, l’addition, formelle pour le moins, des députés du Parti socialiste, du Parti communiste (PCP) et du Bloco de Esquerda collectionne 122 sièges. 

Dans cette situation, le président de la République, Anibal Cavaco Silva, né en 1939, est intervenu le 22 octobre afin d’attribuer la formation du nouveau gouvernement à Passos Coelho et Paulo Portas. Il le fit à l’occasion d’une intervention télévisée censée exprimer son autorité. Cavaco Silva a été premier ministre durant dix ans, de 1985 à 1995, à la tête du PSD. Ce catholique et anti-communiste décidé, élu au suffrage universel à la présidence en 2006, cherchait à imposer une continuité gouvernementale sous la forme d’un «gouvernement de gestion». 

mardi 27 octobre 2015

Argentine. Un scénario politique inattendu dans un pays en crise

Jorge Altamira et Nicolas del Canto

Le dimanche 25 octobre 2015 se déroulaient en Argentine conjointement les élections à la présidence du pays, celles de gouverneurs des provinces, celles de maires, de députés et sénateurs. La corrélation entre ces différents niveaux est étroite. Des élections primaires, avec un quorum, déterminent les listes et candidats possibles. Ces primaires ont eu lieu en août. Ce 25 octobre, trois candidats polarisaient les votes. 
 
Deux sont issus du péronisme. Daniel Scioli devait être «théoriquement» l’héritier de la présidence de Nestor Kirchner [de 2003 à 2007], puis celle de sa femme Cristina Fernandez Kirchner [de 2007 à 2015]. Une grande partie de la gauche officielle latino-américaine soutenait Daniel Scioli. Ce fils d’un riche entrepreneur de l’électro-domestique a été recruté par Carlos Menem en 1996. Ce qui est déjà tout un programme. Il a été durant huit ans gouverneur de la province de Buenos Aires et combina, dans la tradition, clientélisme et distribution de prébendes avec une hausse des impôts, tout en se refusant d’appliquer de brutales coupes budgétaires. Il se présentait sous la dénomination Frente para la Victoria (FpV). 

De la même famille péroniste se présentait Sergio Massa, qui durant dix ans fut un homme clé du kirchnerisme. Massa, qui défendait sa position sous les couleurs d’Unidos por una nueva alternativa, avait à ses côtés Roberto Lavagna (ministre de l’Economie de 2002 à 2005) et Martin Redrado (ancien directeur de la banque centrale). Face à ces deux candidats difficiles à qualifier de gauche se profilait le fils d’un des plus riches entrepreneurs de l’Argentine, Mauricio Macri, sous le logo PRO-Cambiemos. Au même titre que les deux épigones péronistes, Macri multiplia les déclarations selon lesquelles il n’allait pas appliquer une politique d’ajustement structurel, cela dans un contexte de crise économique et sociale croissante. Il n’hésita même pas à inaugurer l’unique statue de Peron à Buenos Aires alors qu’Evita Peron est bien visible sur la principale avenue.
Les résultats des élections sur la base de 97,19% des suffrages (le taux de participation se situait à hauteur de 80%) sont les suivants : D. Scioli, 36,86%; M. Macri, 34,33%; S. Massa, 21,34%.
Selon la Constitution argentine, adoptée en 1944, le système de ballottage est le suivant: pour gagner au premier tour, un candidat doit obtenir plus de 45% des voix, ou entre 40 et 44% mais avec une avance de 10 points sur le second. Les résultats susmentionnés indiquent qu’il y aura ballottage et un second tour entre Scioli et Macri. Depuis 1995, ce cas de figure ne s’était jamais produit. Certes, en 2003, comme aucun candidat n’avait atteint le seuil de 40%, un second tour était envisagé. Mais Carlos Menem, qui avait eu l’audace de se représenter aux élections présidentielles, et obtenu 24% face à un autre péroniste Nestor Kirchner, avec 22%, décida de se retirer non seulement parce que tous les sondages le donnaient pour largement vaincu, mais aussi parce qu’il traînait plus d’une casserole judiciaire.

lundi 26 octobre 2015

Portugal : Marisa Matias candidate du Bloc de gauche à la présidence de la République




« Je ne suis pas candidate pour diviser, mais, au contraire, pour unir. Unir les nouvelles forces aux autres forces, parce que toutes sont nécessaire pour que le candidat de la droite ne gagne pas la présidence ». Marisa Matias, 39 ans, députée européenne depuis 2009, a été désignée comme candidate par la direction du Bloc de Gauche (Bloco de Esquerda) le 18 octobre dernier. Dans sa déclaration sur le site esquerda.net (site du bloc de gauche) la candidate affirme :

« Oui je suis candidate.
Nous vivons un moment d’attente et d’espoir et un moment comme celui-ci, nous devons savoir l’interpréter et courir des risques !

Ma préférence, et c’est ce pour lequel le Bloco travaille, était qu’il existe une candidature unique de gauche et que nous unissions nos forces ! S’il y a trois mois ceci était encore envisageable, aujourd’hui malheureusement ce n’est plus le cas.

J’ai entendu de nombreuses personnes avant de prendre ma décision.

Je ne suis pas candidate pour diviser, mais au contraire pour unir. Unir les nouvelles forces aux autres forces, parce que toutes sont nécessaires pour que le candidat de la droite ne gagne pas la présidence. Et passer par l’exigence du débat démocratique. Dans notre pays, il faut que les nouvelles espérances ne retombent pas.

Il y a d’autres candidatures et elles ont des objectifs communs.Et naturellement j’ai beaucoup de choses en communs avec elles et pour moi il doit y avoir un débat franc,  jamais conflictuel, avec ces candidats.

dimanche 25 octobre 2015

Quand Tsipras fait disparaître toute trace de ses contradicteurs !., par Yorgos Mitralia

 
Voici donc que le gouvernement Tsipras bis vient de résoudre deux de ses grands problèmes : celui de la dette publique et celui représenté par l’ex-présidente du Parlement grec, Zoe Konstantopoulou. Comment a-t-il fait pour réussir cet exploit ? Mais tout simplement, en effaçant pour toujours du site officiel du Parlement grec tout ce qui pourrait rappeler Zoe Konstantopoulou et ses initiatives durant sa brève présidence, dont la Commission pour la Vérité de la Dette Publique. 
 
Face à cet impressionnant bond en arrière du gouvernement grec, qui nous ramène aux heures de gloire du stalinisme triomphant des années 30 |1|, mais aussi du maccarthisme le plus envahissant du début des années 50, on est en droit de se demander : est-ce que la dette publique grecque a pour autant disparu ? Et est-ce que Zoe Konstantopoulou a accepté sa défaite, et s’est décidée à ne plus dire la vérité et taire ses critiques au vitriol ?

La réponse est : non. L’astronomique dette publique grecque continue, imperturbable, sa marche en avant comme d’ailleurs Zoe Konstantopoulou, qui refuse de s’avouer vaincue. Alors, une question s’impose : vu que le nettoyage du site du Parlement des présences indésirables manque manifestement d’efficacité, pourquoi le successeur de Zoe Konstantopoulou, et ses amis, ont procédé de cette manière ? Que cherchaient-ils en réalité ?

La seule réponse possible est qu’en agissant ainsi, tout ce beau monde cherchait à envoyer un message, ou plutôt un signal, à quelqu’un. À qui ? Mais, évidemment, aux célèbres « partenaires européens » avec qui les nouvelles autorités grecques venaient de conclure un accord, qui est en même temps… l’unique programme du gouvernement Tsipras bis. Mais aussi à ceux d’en bas, grecs, pour qu’ils n’aient plus le moindre doute sur l’inéluctabilité de l’écrasement de toute résistance aux Memoranda et à leurs inspirateurs…

En somme, il s’agissait d’un acte hautement symbolique qui, ni plus ni moins, ambitionnait à effacer pour toujours de la mémoire collective des Grecs, non seulement toute trace d’une alternative à la politique des Memoranda, mais aussi, le nom même de celle qui a pu incarner cette alternative !

mercredi 21 octobre 2015

"Israël a choisi l’occupation et non la paix", par Marwan Barghouti


L’escalade de violence actuelle n’a pas commencé lorsque deux colons israéliens ont été tués le 3 octobre. Cette escalade a commencé il y a bien longtemps et a continué durant des années. Chaque jour, des Palestiniens sont tués, blessés et arrêtés. Chaque jour, la colonisation avance, le siège de notre peuple à Gaza se prolonge, l’oppression persiste. 

Alors que beaucoup veulent que nous nous sentions écrasés par les conséquences potentielles d’une nouvelle spirale de violence, je demande – comme je le plaidais en 2002 – de nous occuper des causes fondamentales de cette situation: la négation de la liberté des Palestiniens. 

Quelques-uns ont suggéré que la raison pour laquelle un accord de paix n’avait pu être atteint résidait dans le manque de volonté du président Yasser Arafat [mort en novembre 2004] ou l’incapacité du président Mahmoud Abbas [élu en janvier 2005]. Or, les deux étaient prêts et capables de signer un accord de paix. 

Le problème réel est qu’Israël a choisi l’occupation et non la paix, a utilisé les négociations comme un écran de fumée pour camoufler l’avance de son projet colonial. 

Chaque gouvernement dans le monde est conscient de ce simple fait et néanmoins beaucoup prétendent que revenir aux recettes ayant échoué dans le passé pourrait faire aboutir la liberté et la paix. Cette absurdité est répétée sans cesse tout en en attendant des résultats différents.