mercredi 30 septembre 2015

Hollande le bombardier errant, par Jean-Luc Mélenchon


Sans mandat du Parlement  français ni d'aucune instance internationale, François Hollande a décidé depuis dimanche des bombardements dans l'Ouest de la Syrie. Le concept de « légitime défense » invoqué par Valls pour les justifier est sans aucun fondement juridique sérieux. Mais il créé un précédent extrêmement dangereux dans la région comme dans le reste du monde.

Ces frappes sont aussi inutiles qu'illégales. Voir les 215 frappes effectuées en Irak. 800 militaires français sont mobilisés pour cela. Aucune amélioration n’est constatée. Pourrait-il y en avoir en l’absence de pouvoir politique stable et légitime depuis la destruction de l'État irakien par les États-uniens ? Le militaire sans le politique ne règle jamais rien. Mais on voit bien quelle escalade est commencée. À peine les frappes françaises avaient-elles commencé que PS et droite évoquaient la nécessité d’envoyer des troupes au sol ! C'est avouer dès le début que les frappes ne permettront pas d'atteindre les objectifs recherchés. D'ailleurs, on peine à identifier un objectif concret dans le puits sans fond que représente « la guerre contre le terrorisme » là où se déroule un conflit entre puissances régionales. La ligne d’action de François Hollande est donc une suite de virevoltes que les faits rattrapent pour ridiculiser notre pays. Après avoir voulu bombarder l’armée syrienne de Bachar el Assad qui affrontait les bandes armées du type Daech, le voici rendu à bombarder Daech tout en reprenant à son compte ses objectifs de renversement du pouvoir en place ! 

Comme l'a noté Hubert Védrine sur France-Inter, « la stratégie occidentale en Syrie est un échec ». Il a raison d'ajouter qu'« on n'aurait jamais dû écarter la Russie d'un éventuel processus ». Et de pointer la responsabilité de la Turquie d'Erdogan et des familles régnantes du Golfe dans le financement de Daech. Les Etats-Unis pensaient régler les problèmes en armant 5000 supplétifs locaux. C’est d’ores et déjà un échec humiliant. Instables et confus, 25 % de l'équipement de ces « rebelles » est désormais aux mains de groupes alliés avec Daech de l’aveu de l’armée américaine.

Etat espagnol - Catalogne. Un tremblement de terre qui n’en restera pas là, par Josep Maria Antentas

 
Le 27S [27 septembre 2015, date des élections autonomiques catalanes] confirme le tremblement de terre au ralenti qui a secoué la société catalane au cours des quatre dernières années, ébranlée par les politiques d’austérité et l’explosion, tout d’abord, du 15M [le mouvement des indigné·e·s] et, ensuite, du mouvement indépendantiste. Le système traditionnel des partis a éclaté. Des urnes sort une feuille de route qui indique que ce qui est à venir sera aussi fort ou plus profond que ce qui s’est produit. 

Junts pel sí, refondation de Convergencia et aspirations unitaires

Junts pel Sí [Ensemble pour le Oui, formé du parti d’Artur Mas, Convergència i Unió (CiU), d’ERC, Gauche républicaine catalane ainsi que de personnalités indépendantes] obtient un bon résultat, 1 616 962 voix (39,6 %) et 62 députés (bien que ce chiffre soit au-dessous de la somme de CiU et d’ERC en 2012 : 1 614 383, 44,4 % et 72 députés), soit suffisamment pour que cette coalition s’affirme comme la claire force dominante du panorama politique catalan. En termes de pourcentage, son résultat est légèrement supérieur à celui obtenu par Mas en 2010 (38,47 %) et inférieur à ceux obtenus par Convergencia i Unió [jusqu’en juillet 2015, ces deux formations formaient une coalition; Unió est un parti «démocrate-chrétien»] en 1984 (46,8 %), 1988 (45,7 %), 1992 (46,1 %), 1995 (40,95 %), bien qu’en termes de suffrages, il s’agit du chiffre le plus élevé jamais obtenu par une force victorieuse (1 346 729 en 1984, 1 232 514 en 1988, 1 221 233 en 1992 ou encore 1 198 010 en 2010).

dimanche 27 septembre 2015

Déclaration du Conseil Politique de l’Unité Populaire à propos du résultat des élections et au jour suivant


1. Le Conseil Politique de l’Unité Populaire s’est réuni pour faire une première évaluation du résultat électoral et élaborer le programme d’action jusqu’à la fin de l’année.

Le Conseil Politique adresse ses chaleureux remerciements aux 155 000 citoyens qui ont soutenu par leur vote l’Unité Populaire, rejetant ainsi le chantage politique et affectif et dépassant la tentative d’imposition de la terreur sur le corps électoral. Il salue les membres et amis de l’Unité Populaire, qui ont livré la bataille électorale avec abnégation et altruisme. Cette contribution à la lutte nous charge de responsabilités et renforce notre détermination à poursuivre l’effort que nous venons d’amorcer.

2. Le résultat électoral reflète la désillusion et la confusion qu’a suscitées dans une grande partie des couches populaires l’imposition du troisième Mémorandum. Le fait que cette gravissime défaite soit survenue tout de suite après le grand … du « OXI » et ait été conclue par des dirigeants qui parlent au nom de la Gauche, a donné plus encore de force à la logique du « il n’existe pas d’alternative ».

Le Parlement actuel est dominé, de façon écrasante, par les forces qui soutiendront la mise en œuvre du troisième Mémorandum et des lois d’application. L’augmentation du pourcentage de voix données à l’Aube Dorée néonazie constitue une mise en garde inquiétante. La force qui lutte pour une solution militante, radicale, alternative pour aujourd’hui et non pour un lointain avenir, l’Unité Populaire, est restée, pour peu de voix, hors du Parlement.

3. Le résultat électoral de l’Unité Populaire est fort loin de nos attentes. Cela s’explique par d’évidents facteurs objectifs. Il était inévitable qu’une formation politique née 28 jours tout juste avant les élections express, sans moyens financiers, faisant face à l’hostilité de la quasi-totalité des medias, rencontre d’énormes problèmes d’organisation et de communication. 

samedi 26 septembre 2015

Premières réflexions sur les élections grecques, par Panagiotis Sotiris

« La politique de gauche, c’est construire un bateau quand on est déjà au milieu d’une mer démontée »

Nous publions un article de Panagiotis Sotiris, militant d’Unité Populaire, qui tire un premier des élections et des résultats décevants d’Unité Populaire.



Cela n’a pas été une bonne soirée électorale. Je ne parle pas principalement du fait qu’Unité Populaire a échoué à atteindre le seuil de 3% qui lui aurait permis d’avoir une représentation parlementaire, mais bien du fait que les résultats électoraux semblent être une justification de la capitulation de Syriza face à l’Union Européenne et de la signature du nouveau memorandum. Ce nouvel accord de prêt impliquera des coupes dévastatrices et des réformes néo-libérales, et, maintenant, nous avons un Parlement dominé par les forces pro-memorandum. Ce qui est en opposition frontale avec le référendum de juillet, quand des millions de personnes ont massivement rejeté l’austérité imposée par la troïka et la dévastation sociale qui l’accompagne.

Le pari cynique de Tsipras a été de placer les élections sur le terrain du débat de quel parti (et quel Premier Ministre) allait être le mieux à même de mettre en œuvre le memorandum qui avait déjà approuvé par Syriza et les partis du système le 14 août. Sa stratégie a été de présenter le mémorandum comme inévitable, inéluctable. Il a évité presque toutes les références à l’accord, en ne présentant que le choix entre lui et Vangelis Meimarakis, le leader du parti de centre droit Nouvelle Démocratie. Finalement, les Grecs ont choisi de donner une seconde chance à Syriza plutôt qu’aux autres partis systémiques, pro-mémorandum. Il ne s’agit pas d’un vote d’espoir, mais d’un vote pour le « moindre mal ».

jeudi 24 septembre 2015

Portugal : entretien avec Fernando Rosas (Bloc de Gauche)


Dirigeant national du Bloc de gauche, Fernando Rosas analyse la situation politique du Portugal et expose les positions de son parti sur les alliances électorales, la lutte contre l’austérité et la sortie de l'euro.

Le 4 octobre prochain, les Portugais éliront leurs députés. Le gouvernement de droite de Pedro Passos Coelho (PSD et CDS-PP), au pouvoir depuis 2011, est en passe d’être reconduit. Il devance aujourd’hui dans les sondages le PS qui, en charge entre 2009 et 2011, avait demandé en 2010 l’assistance financière de la Troïka. Partout où elle est intervenue, celle-cia imposé des politiques d’austérité extrêmement sévères : hausse des impôts (notamment de la TVA), baisse des salaires et des retraites, privatisations et précarisation sur le marché du travail.

Cette situation pose un défi à une gauche radicale portugaise, forte mais éclatée. J’ai interrogé cet été Fernando Rosas, l’une des grandes figures du Bloc de gauche (Bloco de Esquerda), dont il a été l’un des cofondateurs en 1999. Né en 1946, il a milité dans sa jeunesse au PC portugais – qu’il a quitté en 1968 au moment de l’intervention de l’URSS en Tchécoslovaquie. Militant antifasciste, il a été arrêté et emprisonné à plusieurs reprises sous le régime de Salazar. Il a été candidat à l’élection présidentielle de 2001 pour le Bloc, et est devenu député entre 1999 et 2002 et entre 2005 et 2009. Historien, il enseigne à l’Université nouvelle de Lisbonne.

Philippe Marlière. Pourrais-tu commencer par décrire la situation sociale et politique au Portugal ?

Fernando Rosas. Nous avons eu quatre années d’austérité violente. Le PIB a baissé de 6% et nous avons 300.000 chômeurs supplémentaires, même si les chiffres du chômage sont manipulés par le gouvernement qui ne compte pas, par exemple, les demandeurs d’emploi qui effectuent des stages. Depuis le début de la crise, 500.000 Portugais ont émigré à l’étranger – c’est un retour aux chiffres de l’émigration des années 70. C’est presque 100.000 personnes qui quittent le pays chaque année. C’est une immigration qualifiée, de jeunes diplômés sans emploi. Le chômage touche environ 40% de la jeunesse. C’est une situation sociale marquée par la baisse réelle des salaires et des retraites. 

L’austérité a permis au capital de transférer le paiement de la dette des entreprises vers les salariés. Nous avons une dette publique de 130% du PIB, équivalente au budget national de la santé. En plus de l’austérité qui a diminué les salaires, les retraites et l’aide sociale, nous sommes contraints de ne pas dépasser la barre des 3% de dépenses publiques imposée par l’Union européenne. Nous avons des contraintes financières qui vont nous empêcher de retrouver la croissance dans les vingt années à venir.

mardi 22 septembre 2015

Catalogne versus Etat espagnol. Mise en perspective, par Jaime Pastor


Afin de comprendre pourquoi nous en sommes arrivés à un moment comme celui d’aujourd’hui, où – ainsi que nous venons de le vérifier une fois encore lors de la récente Diada du 11 septembre [1] et dans la perspective des élections du 27 septembre – un puissant mouvement souverainiste propose la séparation avec l’Etat espagnol se consolide, rares sont les observations extérieures à la Catalogne qui sortent d’une appréciation habituellement belliqueuse face à cette aspiration, y compris au sein de la gauche.

Généralement, la majorité des prétendus analystes et des dirigeants politiques espagnols tendent à centrer l’explication de l’essor indépendantiste sur les intérêts et l’attitude des élites politiques et culturelles catalanes, soulignant leur plus ou moins grande capacité de manipulation des couches moyennes de ce pays face à «l’ennemi commun», c’est-à-dire l’Espagne ou l’Etat espagnol.

Il me semble plus adéquat de se centrer, en contraste avec cette interprétation si biaisée, sur quelles ont été les réponses données lors de moment historiques clés par des élites espagnoles, non seulement celles traditionnelles de droite mais aussi celles qui paraissaient disposées à reconnaître le «fait différentiel» catalan. Je me référerai pour cela à certaines personnalités éminentes qui se montrèrent plus ouvertes… avant d’accéder ou gouvernement ou au parlement de l’Etat espagnol, pour ensuite décevoir très vite les espoirs suscités. 

Grâce à ce bref survol du passé, il sera peut-être possible de mieux comprendre pour quelles raisons une frustration croissante s’est manifestée en Catalogne face au blocage permanent auquel s’est affronté un réformisme fédéralisant et pourquoi de nouveaux secteurs sociaux souhaitent aller au-delà de ces moments: en résumé, le pari d’un processus constituant propre – qui ne soit donc pas soumis à celui qui pourrait s’ouvrir à l’avenir dans le cadre de l’Etat espagnol – et celui de l’indépendance qui s’affirmerait comme la conséquence du fait que cette autre voie se soit fermée.

Grèce : l'analyse de Yanis Varoufakis


Alexis Tsipras a arraché une  victoire retentissante après la défaite humiliante de Juillet devant la Troïka des créanciers de la Grèce. Défiant les partis d'opposition, les sondeurs d'opinion et les critiques dans ses rangs (y compris de moi-même), il a obtenu une majorité réduite mais réelle.  La question est de savoir s'il peut à la fois rester à son poste et exercer le  pouvoir.

Les plus grands perdants ont été  les petits partis représentant les extrêmes du débat après le référendum. Unité Populaire n’est pas parvenu à exploiter la souffrance ressentie par une majorité des électeurs du « Non » après que Tsipras  eut adopté un accord qui réduit la souveraineté nationale et accroît le niveau déjà terrible  de l'austérité. Potami, un  parti réformiste chéri de la Troïka, a également échoué à rallier le plus petit vote «Oui». Avec Tsipras conquérant d'un nouveau genre, maintenant fermement la barre du programme de la Troïka, les partis pro-Troïka n'avaient rien à offrir.

Le plus grand gagnant est la Troïka elle-même. Au cours des cinq dernières années, les projets de loi de la  Troïka sont passés par le parlement avec des majorités ultra-minces,  procurant des nuits blanches à leurs auteurs. Maintenant, les projets de loi nécessaires au troisième Mémorandum passent avec de confortables majorités, car Syriza s’y est engagé. Presque tous les députés de l'opposition (à l'exception des communistes du KKE et les nazis de l'Aube dorée) votent pour eux.

Bien sûr, pour en arriver là,  il a fallu meurtrir profondément la démocratie grecque. Un million 600.000 Grecs qui avaient voté lors du référendum de Juillet n'ont pas pris la peine de se présenter aux bureaux de vote dimanche -  ce n'est pas une grande perte pour les bureaucrates de Bruxelles, Francfort et Washington,  qui semblent concevoir  la démocratie comme une nuisance.

dimanche 20 septembre 2015

La victoire de Syriza souligne une volonté de résistance, par Romaric Godin (la Tribune)

 
Si les Grecs n’ont pas voulu reprendre la lutte contre les créanciers et se montrent déçus de la politique, ils leur ont envoyé un message de résistance. A Alexis Tsipras d’en prendre compte, désormais. 
 
Le premier enseignement de ce premier scrutin grec est celui de la lassitude. Le niveau de l’abstention (près de 45 %) est le principal fait de la soirée. C’est dix points de plus qu’en janvier et si l’on ajoute les bulletins blancs ou nuls (2,5 % des suffrages contre 0,5 % en janvier), on peut prendre la mesure du désaveu de la politique en Grèce. On aurait tort de n’y voir qu’un rejet d’un énième scrutin anticipé. C’est bien l’acceptation, le 13 juillet dernier, par Alexis Tsipras des conditions des créanciers qui est à l’origine de ce désaveu. Cette capitulation a prouvé que le vote ne pouvait rien changer aux conditions économiques du pays. Dans ces conditions, à quoi bon voter ? On comprend que beaucoup de citoyens grecs aient préféré ne pas se déplacer ce dimanche. Cette première constatation est une défaite pour une classe politique grecque qui a clairement perdu en crédibilité. Mais c’est d’abord une défaite pour les créanciers qui, pendant six mois, ont tout fait pour effacer le vote du 25 janvier. Ils récoltent ici, par un désaveu de l’acte démocratique, les fruits de leur politique.

L’échec d’Unité populaire

vendredi 18 septembre 2015

Corbyn, la révolution démocratique, par Philippe Marlière


Socialiste intègre et démocrate authentique, le nouveau leader du Parti travailliste a imposé un discours et une méthode qui peuvent bouleverser la donne, pour construire une alternative politique aussi bien en Grande-Bretagne qu’en Europe.

La victoire triomphale de Jeremy Corbyn constitue le camouflet le plus sévère infligé aux tenants de l’ordre néolibéral depuis plus de trente ans en Europe. Le nouveau leader du Parti travailliste a largement distancé ses adversaires dans trois catégories de l’électorat : les adhérents du parti, les membres des syndicats et les sympathisants. Corbyn a reçu un solide mandat populaire au terme du processus électoral le plus transparent et le plus démocratique dans l’histoire du parti.

Il faut insister sur les caractéristiques de la "méthode Corbyn". Pas plus qu’il n’était un candidat, le nouveau leader n’est devenu un "chef" depuis son élection. Jeremy Corbyn incarne un mouvement ; son succès a remis en selle un travaillisme social qu’on avait enterré depuis la période blairiste. Le socialisme qui a refait surface avec Corbyn est d’un ordre nouveau : plus collégial, plus jeune, plus multiethnique et plus démocratique que son prédécesseur des années 70.

Anti-tribun et anti-démagogue

C’est une vague populaire et militante qui a porté le député d’Islington à la tête de son parti. Il a accepté à regret de se présenter, car son entourage tenait à ce que les valeurs socialistes soient présentes pendant la campagne. Il a simplement fait son devoir, pour les siens. C’est l’un des traits les plus encourageants de cette campagne : Corbyn est l’anti-tribun et l’anti-démagogue. La gauche française ferait bien de s’inspirer d’une telle démarche, et de se libérer de son tropisme césariste. Celui-ci l’incline sans cesse à rechercher un mythique "homme providentiel".

jeudi 17 septembre 2015

En Grèce, la campagne sans saveur d'un Syriza en mutation, par Amélie Poinssot (Médiapart)


Athènes (Grèce), de notre envoyée spéciale.-  

« Allons-nous payer cette dette ? » « Noooonnn ! » « Allons-nous payer cette dette ? » « Noooonnn ! » La foule répond d'une seule et même voix. À la tribune : Zoi Konstantopolou, celle qui fut pendant sept mois présidente de la Vouli, le parlement grec. Celle, aussi, qui fut à l'origine d'un audit sur la dette publique grecque. Depuis fin août, elle a quitté le parti d'Alexis Tsipras. Puis elle a rejoint le tout nouveau parti formé par l'aile gauche de Syriza qui prônait la sortie de la zone euro, Unité populaire. Personnalité aussi agaçante pour les uns qu'elle est adulée par les autres, Zoi Konstantopoulou soulève des salves d'applaudissements ce mardi soir sur Omonia, l'une des places centrales d'Athènes. Les formules sont appuyées et font mouche. « Au dilemme entre mémorandum ou démocratie, nous répondons : démocratie ! Au dilemme entre soumission ou démocratie, nous répondons : démocratie ! Au dilemme entre euro et démocratie, nous répondons : démocratie ! » Alexis Tsipras et Εvanguelos Meïmarakis (le chef de la droite, qui a pris la suite d'Antonis Samaras après sa démission en juillet) sont renvoyés dos à dos. Syriza, diabolisé, concentre les attaques et la candidate invite les électeurs à ne pas voter pour « les plus à droite que la droite, les plus pro-austérité que les fidèles de l'austérité »… On a peine à croire qu'il y a encore deux mois, Zoi Konstantopoulou était membre de ce parti. 
 
La foule en réalité n'est pas bien dense et l'ambiance, plutôt terne. La circulation n'a pas été coupée, à peine la moitié de la place est occupée par le rassemblement. L'opposition de gauche à Syriza peine à mobiliser ? La lassitude des électeurs doit atteindre des sommets. Il est loin, le temps des grands meetings politiques qui rythmaient les campagnes électorales en Grèce. Et elle est déjà loin, aussi, cette époque où la gauche grecque mobilisait des foules combatives et pleines d'espoir. C'était pourtant… il y a neuf mois. Alexis Tsipras emmenait Syriza autour d'un programme fondamentalement radical : retrait de toutes les mesures d'austérité votées depuis 2010, fin de la supervision de la Troïka, restructuration de la dette publique. Les meetings étaient pleins, les candidats enchaînaient les réunions publiques. « L'espoir arrive », disait le slogan du parti de la gauche radicale. Aujourd'hui, le parti assure qu'il va pouvoir « renégocier » le mémorandum. Personne n'a l'air d'y croire. C'est à peine si les députés Syriza candidats à leur réélection décrochent leur téléphone à l'appel d'une journaliste. Seul Tsipras remplit les salles et parcourt le pays. Pour le reste, la campagne se résume à des spots télévisés et des interviews des principaux responsables politiques.