lundi 31 août 2015
Etat espagnol. «Nous ne pouvons pas cogérer des coupes budgétaires avec le PSOE» - Entretien avec Teresa Rodriguez
Teresa Rodríguez (née à Rota, province de Cadix, en 1981) a été cinq mois à la tête du groupe parlementaire de Podemos en Andalousie ainsi que deux mois supplémentaires en tant que secrétaire régionale du parti. Auparavant, elle a été eurodéputée et l’une de personnes à la tête de l’orientation alternative à celle présentée par Pablo Iglesias lors de l’Assemblée constituante de Vistalegre [octobre 2014]. Au cours de cette période, elle a consolidé son leadership en Andalousie, surtout lors des négociations en vue de l’investiture de Susana Díaz [membre du PSOE, dirigeante du gouvernement autonome d’Andalousie].
Rodríguez discute avec le journal en ligne eldiaro.es lors d’une pause des travaux de l’Université d’été des Anticapitalistas, l’ancien parti qui participa à la fondation de Podemos et qui s’est aujourd’hui transformé en association. Elle essaie de passer inaperçue et se reposer mais elle est, au contraire, la personne la plus cherchée et saluée parmi celles qui sont présentes. L’entretien se déroule quelques heures avant qu’elle prononce une phrase qu’elle a dû ensuite nuancer: «J’ai peur que nos jambes tremblent comme c’est arrivé à Tsipras.» Une phrase qu’elle a aussi exprimée à eldiaro.es alors que la démission du premier ministre grec était à l’ordre du jour. «Le PSOE a été le premier à avoir les jambes qui tremblent, je me souviens du Zapatero de 2010», assure-t-elle.
Quelles sont les attentes en vue des élections générales?
Teresa Rodríguez: Les attentes sont toujours élevées. Nous ne pouvons courir le risque de nous accoutumer aux coupes budgétaires, aux licenciements, etc. Pour l’heure, cela ne passe pas: il y a toujours de l’indignation face à la soumission à un nouveau cadre de relations sociales. Nous avons pour cela besoin d’un bon résultat lors des élections générales [350 élus au Congrès et 208 au Sénat, les 58 restants sont nommés par les parlements autonomes, la date des élections sera fixée entre le 20 novembre et le 20 décembre], et nous allons travailler à fond pour cela en Andalousie, où se gagnent en grande partie les élections.
dimanche 30 août 2015
« Messieurs du gouvernement, vous n’avez pas le droit de placer sur les épaules du pays un nouvel emprunt, en acceptant le paiement d’une dette illégale», par Zoe Konstantopulou
Nous reproduisons le discours prononcé à l’aube du 14 août 2015 par
la Présidente du Parlement grec Zoe Konstantopoulou un peu avant le vote
du troisième mémorandum imposé à la Grèce. Dans un vacarme
indescriptible produit par des invectives et des insultes lancées par
les députés des partis de droite qui cherchaient à la déstabiliser, Zoe
Konstantopoulou a tenu un discours d’une grande portée. Accueilli par un
silence glacial des dirigeants de son propre parti Syriza, le discours
de Zoe Konstantopoulou a marqué la rupture avec Alexis Tsipras et son
gouvernement. Il a surtout donné un fondement supplémentaire et très
solide à celles et ceux qui résistent aux diktats des créanciers et à la
capitulation.
Mesdames et Messieurs les députés, chers collègues,
pour commencer, je voudrais attirer votre attention sur le fait que le
projet de loi introduit devant le Parlement – ‘introduit’, ici, est à
prendre aussi bien au sens propre qu’au sens figuré [ndlt : en grec :
« eisagomeno » signifie « introduit », mais aussi « importé de
l’étranger »] – est inconstitutionnel pour les motifs invoqués dans les
exceptions d’inconstitutionnalité déposées par le Syriza le 7 novembre
2012, que j’ai eu l’honneur de présenter et dont je soumets une copie
aux Actes de la Chambre ; le 14 novembre 2013, que j’ai eu l’honneur de
présenter et dont je soumets une copie aux Actes de la Chambre ; le 30
mars 2014, motifs que j’ai eu l’honneur de présenter pour le compte du
groupe parlementaire du Syriza et dont je soumets une copie aux Actes de
la Chambre, mais aussi pour les raisons invoquées par le Premier
Ministre de Grèce, Alexis Tsipras lors de son discours du 14 décembre
2010, discours dont je dépose une copie aux Actes de la Chambre, ainsi
que lors du discours du Premier Ministre, monsieur Alexis Tsipras,
prononcé lors de la séance d’adoption du Deuxième Mémorandum de la Loi
4046 de 2012, dont je remets une copie aux Actes de la Chambre, pour les
raisons évoquées par le Premier Ministre, M. Alexis Tsipras, lors de
son allocution du 23 février 2012, dont je soumets une copie aux Actes
de la Chambre, pour les raisons évoquées par le Premier Ministre,
M. Alexis Tsipras, lors de son discours prononcé à l’occasion du vote de
ratification du Programme à Moyen Terme, dont je soumets une copie aux
Actes de la Chambre, lors des débats sur les mesures d’urgence
d’application des Lois 4046, 4093 et 4127, dont je soumets une copie aux
Actes de la Chambre, de la loi 4224 de 2013 dont je remets une copie
aux Actes de la Chambre, et enfin de la Loi 4254 de 2014 dont je remets
une copie aux Actes de la Chambre.
Mesdames et messieurs les députés, cher-es collègues,
Mesdames et messieurs les députés, cher-es collègues,
La COP 21, sommet provisoire du mensonge, du business et du crime climatiques, par Daniel Tanuro
Les premières mises en garde scientifiques sur le danger du réchauffement global remontent à plus de cinquante ans. Elles ont fini par être prises suffisamment au sérieux pour que les Nations Unies et l’Organisation Météorologique Mondiale créent, en 1988, le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC).
Des premiers avertissements à l’urgence absolue
Depuis sa création, cet organe d’un type particulier (ses évaluations sont rédigées par des scientifiques, mais les « résumés pour les décideurs » sont négociés avec les représentants des Etats) a remis cinq volumineux rapports. Tous ont validé les hypothèses de départ: la température moyenne de surface de la Terre augmente, cette augmentation est due quasi-totalement aux émissions anthropiques de gaz à effet de serre, et le plus important de ceux-ci est le gaz carbonique provenant de la combustion des combustibles fossiles. (1)
Le GIEC le répète depuis plus de vingt-cinq ans : en l’absence de réduction forte des émissions, le réchauffement entraînera une hausse du niveau des océans, une multiplication des évènements météorologiques extrêmes, une baisse de la productivité agricole, une diminution de l’eau potable disponible, un déclin accentué de la biodiversité ainsi que des conséquences sanitaires. Ce n’est pas le seul problème environnemental, mais c’est sans aucun doute le problème central.
Les cinq rapports ne se distinguent que par la précision et le niveau de probabilité accrus des projections. De plus, avec le temps écoulé depuis la création du GIEC, les projections peuvent être comparées aux observations et la conclusion est inquiétante : la réalité est pire que ce que les modèles annonçaient (2).
vendredi 28 août 2015
Grèce. Stathis Kouvelakis : « Aucune illusion sur le carcan de l’euro »
Membre
de la direction d’Unité populaire, Stathis Kouvelakis détaille, pour
l’Humanité, les grands axes programmatiques du parti créé par les
dissidents de Syriza en vue des élections de septembre.
Athènes (Grèce), envoyé spécial.
Stathis Kouvelakis. C'est à la signature de l'accord du 13 juillet. La fracture était apparue avant, quand, en l'espace de quelques jours, le « non » du référendum a été transformé en « oui » et quand le gouvernement grec est allé négocier à Bruxelles avec un mandat qui signifiait de fait l'acceptation du cadre austéritaire. Mais c'est la signature par Alexis Tsipras de l'accord qui a ouvert le processus conduisant à la scission de Syriza - il faudrait d'ailleurs parler plutôt de désintégration de Syriza. Il y a eu ensuite les deux votes au Parlement sur les deux paquets de mesures préliminaires à l'accord, puis celui sur le memorandum qui est venu sceller la rupture. Le gouvernement Tsipras a signé le memorandum sans jamais, à aucun moment, obtenir l'approbation d'une quelconque instance de Syriza. Alexis Tsipras ne peut pas se réclamer d'un seul texte, d'une seule décision qui l'autorisent à faire ce qu'il a fait ; au contraire, les rares fois où le Comité central s'est réuni depuis que Syriza est au pouvoir, il a pris des décisions qui, toutes, allaient dans le même sens : en aucun cas, nous ne signerons un memorandum. « Tout sauf ça ! » Et ce qui est arrivé, c'est précisément ce qui était en principe totalement exclu. Autant la coexistence dans un même parti de courants, de sensibilités ayant des désaccords, y compris sur la question de l'euro, était possible tant que l'objectif central du renversement des memorandums était maintenu, autant la coexistence dans un même parti de tenants de la signature d'un memorandum et d'opposants ne l'était pas. Quand Alexis Tsipras a décidé d'accepter un memorandum, il prenait dans le même geste la décision de dissoudre son parti !
mardi 25 août 2015
Liban: Que le 22 août soit la première étincelle de notre soulèvement contre le régime sectaire et capitaliste

Au cours de l’hiver 2011, la participation du peuple libanais dans le soulèvement arabe s’est exprimée par des manifestations pour renverser le régime sectaire, et l’instauration d’une société et un Etat laïcs fondés sur la justice sociale et l’égalité, comme un pas important vers un changement révolutionnaire à tous les niveaux, social, politique et économique. Mais la contre-révolution a rapidement réagi pour saboter ce processus et le pouvoir a réussi à travers ses partis à saper et à détourner ce mouvement.
Aujourd’hui, l’effervescence revient à la rue sous l’impact de la crise des déchets, qui a montré de nouveau le vrai visage du régime, éclaboussé d’ailleurs par d’innombrables scandales et débâcles, dont le pillage des richesses nationales, le détournement des biens publics et le saccage de tous les aspects de la démocratie. Sans parler de la privation des citoyens de leurs droits sociaux et économiques (comme le montre la façon de gérer les promotions et les salaires), et la mise en œuvre d’une loi dont l’application va engendrer la marginalisation et l’extrême paupérisation d’une large frange de la population, et par ailleurs permettre aux banques de piller la majeure partie du revenu national, et renforcer leur mainmise sur l’ensemble de la société.
Russie : Oleg Sentsov et Alexandre Koltchenko condamnés à 20 ans et 10 ans de "camp à régime sévère"
Car elle ne fait que commencer. 20 ans et 10 ans ? C'est le signe d'un pouvoir qui veut faire le fort parce que monte sa peur. De son propre peuple, du peuple ukrainien, et des habitants de toutes nationalités de Crimée.
Toutes les caractéristiques d'un procés stalinien en mode grotesque - tenter de faire passer un cinéaste reconnu internationalement et un anarchiste antifasciste pour des "nazis ukrainiens", c'est digne du Ku Klux Klan faisant passer ses victimes pour des agents de la conjuration maçonnique ! - ont été réunies du côté de l'accusation. A quoi s'ajoute le caractère de démonstration poussive d'un impérialisme néocolonial et ethnique.
Toutes les caractéristiques de la défense héroïque des accusés populistes, libéraux, anarchistes, bolcheviks, mencheviks, socialistes-révolutionnaires, ukrainiens, juifs, géorgiens ... de l'empire des tsars, dénonçant les mauvais traitements dont ils sont les victimes, faisant du tribunal une tribune, étaient réunies du côté des accusés.
Cette contradiction résume la situation réelle. Elle sera dénouée, et pas en 20 ans, ni en 10 ans.
Oleh Sent'siv et Alexandr Koltchenko seront chaque jour qui passe le symbole vivant de la lutte contre l'Etat, contre l'arbitraire, contre l'absurde. La plaie ne se refermera pas tant qu'ils ne seront pas libres.
vendredi 21 août 2015
Grèce : "L'Unité populaire" est née !, par Stathis Kouvelakis
Tôt dans la matinée, 25 députés de SYRIZA ont quitté le groupe parlementaire de leur parti pour créer un nouveau groupe sous le nom d’Unité Populaire. La plupart de ces députés sont affiliés à la plateforme de gauche, mais d'autres également se sont joints comme Vangelis Diamantopoulos ou Rachel Makri, un proche collaborateur de Zoe Kostantopoulou.
C'est une évolution majeure dans la politique grecque, mais aussi pour la gauche radicale, en Grèce et à un niveau international.
Trois éléments doivent être soulignés. Le premier est que "Unité Populaire" est le nom du nouveau front politique qui regroupera les treize organisations de la gauche radicale qui ont signé le texte du 13 août appelant à la constitution du Front du Non. Ce Front est, par conséquent, le premier résultat concret d'une recomposition au sein de la gauche radicale grecque. Une recomposition qui tire les leçons de ces cinq dernières années et bien sûr, de l'expérience de Syriza au pouvoir et de la catastrophe qui en résulte.
Le deuxième est que l'objectif du front est de constituer l'expression politique du Non, comme il a été exprimé dans les élections de janvier et lors du référendum du 5 juillet. Les principales lignes programmatiques sont la rupture avec l'austérité et les mémorandums, le rejet de tous les privatisations et la nationalisation sous contrôle social des secteurs stratégiques de l'économie, en commençant par le système bancaire, et, plus largement, un ensemble de mesures radicales qui feront pencher l’équilibre des forces en faveur du travail et des classes populaires et qui ouvrira le chemin de la reconstruction progressiste du pays, de son économie et de ses institutions. Ces objectifs ne peuvent être réalisés sans sortir de la zone euro, comme la récente catastrophe l’a abondamment démontré, et sans rompre avec l'ensemble des politiques institutionnalisées par l'UE. Le Front luttera également pour un combat internationaliste unitaire autour d'objectifs communs à l'échelle européenne et internationale et appuiera la sortie de l'OTAN, la rupture des accords existants entre la Grèce et Israël et l’opposition radicale aux guerres et interventions impérialistes.
jeudi 20 août 2015
Etats-Unis. Les élections de 2016 et Black Lives Matter, par Socialist Worker
Ce mois-ci, deux prises de bec, avec des conclusions très différentes, entre les activistes du Black Lives Matter et des candidats démocrates pour les primaires en vue des élections présidentielles de 2016 jettent une lumière autant sur les démocrates et leur réponse faite de paroles vaines et d’absence d’action face aux revendications de justice raciale que sur la politique du mouvement Black Lives Matter et les défis auxquels il fait face un an après la rébellion de Ferguson.
Le premier événement a fait la une des médias. Le 8 août, deux activistes de premier plan du Black Lives Matter occupèrent la tribune lors d’un meeting, à Seattle, du sénateur du Vermont, Bernie Sanders [candidat à l’investiture du Parti démocrate] en défense de la sécurité sociale, du Medicare [assurance maladie pour les personnes de plus de 65 ans] et du Medicaid [assurance maladie pour les personnes à très faible revenu]. Les deux activistes repoussèrent les tentatives des organisateurs de reprendre le micro et continuèrent à s’exprimer alors que la foule – dont une grande partie a attendu une heure et demie pour écouter Sanders parler sur ces trois programmes sociaux centraux – devenait impatiente.
Des allégations folles commencèrent immédiatement à circuler sur Internet. Les deux femmes auraient, en fait, été envoyées par la campagne d’Hillary Clinton [elle aussi candidate] ou même seraient des instruments du Parti républicain. Mais il y eut aussi des affirmations selon lesquelles les organisateurs du meeting avaient appelé la police pour arrêter les militantes et que la foule à laquelle elles faisaient face était «une bande de racistes blancs hurlant», ainsi qu’elle fut qualifiée par les activistes à la tribune.
De la presse à grande diffusion aux médias sociaux, la plupart des récits dépeignaient le conflit comme étant un symbole des profondes divisions et de l’hostilité entre deux camps progressistes: d’un côté, le mouvement Black Lives Matter qui se développe en protestation contre la violence policière raciste croissante et épidémique; et, de l’autre, les mobilisations populaires qui s’expriment en faveur de la campagne de Sanders, centrées sur les inégalités sociales et économiques.
Ce conflit est faux et nuisible. A gauche, pour tout le monde, tenter de surmonter cette polarisation est un défi.
lundi 17 août 2015
Chine. «Accidents industriels» et désastre écologique, par Richard Smith
Le mercredi 13 août 2015, aux alentours de 23h30 (heure locale), de puissantes déflagrations sont survenues dans la zone portuaire de Tianjin, un des dix plus grands ports du monde. Il semble qu’un incendie dans un entrepôt propriété de la firme Tianjin Dongjiang Port Ruihai International Logistics – qui était autorisée à stocker des «produits dangereux» malgré ses manquements en matière de sécurité – soit à l’origine des explosions. Les autorités ont, de suite, arrêté des «cadres» de cette firme. Ce qui s’inscrit dans la politique traditionnelle comme l’explique un responsable de l’ONG China Labour Bulletin, basée à Hong Kong: «En général, dans ce type de cas, les autorités trouvent des boucs émissaires, certains responsables vont être licenciés ou rétrogradés, mais les choses vont finalement très peu changer, en dépit de la grande publicité qui entoure cette tragédie.»
En date du 16 août, le pouvoir se devait aussi de reconnaître la mort de 114 personnes et l’hospitalisation de 722 blessés et la disparition de 85. Le funeste décompte n’est pas terminé. Le même jour, le général Shi Luze, chef d’état-major de la région militaire de Pékin – la capitale se trouve à quelque 140 kilomètres de cette ville de 14 millions d’habitants –, était contraint de reconnaître que plusieurs centaines de tonnes de matériau hautement toxique se trouvaient entreposées en deux points du site. La presse chinoise, pourtant étroitement contrôlée, avait déjà indiqué la présence de 700 tonnes de cyanure de sodium. Les médias internationaux suivent cet «accident industriel» difficile à camoufler. D’autant plus que dans cette zone sont installées Toyota et Renault. Les parcs de voitures qui flambent en témoignent.
Les projecteurs se sont moins focalisés sur deux autres «accidents» survenus un jour avant. En effet, dans la nuit du 11 au 12 août 2015, une explosion sur un gisement de charbon et de gaz a tué 13 personnes dans la province du Guizhou (sud-ouest). Un fait courant. En 2014, dans les mines de charbon 921 travailleurs n’avaient-ils pas été «enregistrés» comme décédés, suite à un accident? La même nuit du 11 au 12 août, un glissement de terrain sur le site de vanadium (métal rare) à Shangluo (sud) a enseveli plus de 60 ouvriers dans les dortoirs de la mine.
dimanche 16 août 2015
Grèce : des questions, quelques réponses, par Samy Joshua
1
. Euro ou pas euro ?
Si on considère cette question comme concernant seulement l’outil
monétaire au sens restreint on n’aperçoit qu’une partie du problème. La
question ne devient claire que si on l’élargit à l’ensemble de la structure
dont l’euro est un rouage. La structure, c’est celle de la zone euro dans sa
globalité (traités, institutions, monnaie, rapports de force historiques, ou
conjoncturels) et c’est le bon niveau pour tenter de répondre à la question.
Certes les politiques libérales et pro capitalistes peuvent être (et sont)
conduites hors de cette structure, même en Europe, à l’exemple de la Grande
Bretagne. Ce n’est donc pas la structure qui les produit. Mais si, par
hypothèse, un gouvernement anticapitaliste, ou même juste social démocrate à
l’ancienne, voyait le jour en Grande Bretagne, il y aurait toute une plage de
mesures possibles antilibérales avant de se heurter au cœur du capitalisme, ou
même aux traités signés à l’échelle de l’UE ou de l’OMC. La globalisation a
réduit ces marges par rapport, par exemple, aux débuts de la présidence
Mitterrand. Mais elles demeurent sans comparaison avec ce qui n’est plus
possible, du tout, au sein de la zone euro. Considérant le cadre global de
celle-ci, la réponse à la question « euro ou pas » est alors
indirecte. Il faut faire sauter le carcan
de la zone euro dans sa globalité, c’est la condition pour des politiques alternatives.
Techniquement rien ne dit que ce ne soit pas formellement possible en maintenant
l’euro comme monnaie. De même, et tout aussi théoriquement, il y a une
distinction entre faire sauter le carcan de la zone euro et la mise en cause
plus générale de l’’UE. Mais un pays qui se dressera contre la politique
néolibérale connaîtra inévitablement une grave crise bancaire, par retrait des
dépôts et fuite des capitaux. Si la BCE avait le comportement normal d’une
banque centrale, elle pourrait parfaitement y faire face, en fournissant les
liquidités nécessaires (elle crée elle-même sa propre monnaie). Mais elle est
l’outil de combat du néolibéralisme. C’est ainsi qu’elle a étranglé les banques
grecques, leur maintenant tout juste la tête hors de l’eau, pour qu’on ne
puisse pas dire qu’elle avait abandonné ses propres banques, mais en mettant
hors service tout l’appareil financier de la Grèce. Or aucune économie moderne ne
peut vivre sans un tel appareil. Il n’y
a qu’un seul moyen d’éviter une telle catastrophe si elle se développait :
quitter l’euro, passer à sa monnaie nationale et disposer ainsi de l’aide de sa
propre banque centrale, qui fournira toutes les liquidités nécessaires. Ce qui
ne veut pas dire que la sortie de l’euro aura nécessairement lieu lors de
l’épreuve de force qui accompagnerait la mise en place d’une politique
alternative. Mais ce qui veut dire qu’il faut absolument y être prêt,
techniquement et surtout politiquement, et la mettre en œuvre si nécessaire.
2. Est-il vrai que ce qui s’est passé à propos
de la Grèce serait différent si un pays plus puissant, comme la France,
s’engageait dans la rupture ?
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